Lorsque
tu seras vieux...
Lorsque
tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque
mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au
mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous
irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme
le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous
nous croirons encore de jeunes amoureux,
Et
je te sourirai tout en branlant la tête,
Et
nous ferons un couple adorable de vieux.
Nous
nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec
de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque
tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque
mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.
Sur
le banc familier, tout verdâtre de mousse,
Sur
le banc d'autrefois nous reviendrons causer;
Nous
aurons une joie attendrie et très douce,
La
phrase finissant souvent par un baiser.
Combien
de fois jadis j'ai pu dire : «Je t'aime!»
Alors,
avec grand soin, nous le recompterons.
Nous
nous ressouviendrons de mille choses, même
De
petits riens exquis dont nous radoterons.
Un
rayon descendra, d'une caresse douce,
Parmi
nos cheveux blancs, tout rose, se poser,
Quand,
sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse,
Sur
le banc d'autrefois nous reviendrons causer.
Et,
comme chaque jour je t'aime davantage,
Aujourd'hui
plus qu'hier et bien moins que demain
Qu'importeront
alors les rides du visage,
Si
les mêmes rosiers parfument le chemin?
Songe
à tous les printemps qui dans nos coeurs s'entassent
Mes
souvenirs à moi seront aussi les tiens.
Ces
communs souvenirs toujours plus nous enlacent
Et
sans cesse entre nous tissent d'autres liens;
C'est
vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge,
Mais
plus fort chaque jour je serrerai ta main,
Car,
vois-tu, chaque jour je t'aime davantage
Aujourd'hui
plus qu'hier et bien moins que demain!
En
ce cher amour qui passe comme un rêve
Je
veux tout conserver dans le fond de mon coeur,
Retenir,
s'il se peut, l'impression trop brève,
Pour
le ressavourer plus tard avec lenteur.
J'enfouis
tout ce qui vient de lui comme un avare
Thésaurisant
avec ardeur pour mes vieux jours.
Je
serais riche alors d'une richesse rare,
J'aurais
gardé tout l'or de mes jeunes amours,
Ainsi
de ce passé de bonheur qui s'achève
Ma
mémoire parfois me rendra la douceur;
Car
de ce cher amour qui passe comme un rêve
J'aurais
tout conservé dans le fond de mon coeur.
Lorsque
tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque
mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au
mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous
irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme
le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous
nous croirons encore aux jours heureux d'antan,
Et
je te sourirai tout en branlant la tête,
Et
tu me parleras d'amour en chevrotant.
Nous
nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec
des yeux remplis des pleurs de nos vingt ans...
Lorsque
tu seras vieux et que je serai vieille, Lorsque mes cheveux blonds seront
des cheveux blancs!
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