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Le
1er octobre,
Journée
internationale de la musique
"La
musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la
pensée."
[Platon]
La
musique est l'« art des sons » et englobe toute construction
artistique destinée
à
être perçue par l'ouïe.
"La
musique sert à rendre la vie plus belle que la musique ? Bernard
Lubat (fortement « inspiré » de : l'art c'est ce qui
rend la vie plus intéressante que l'art" ? Robert Filliou)
"La
musique est expression du monde intérieur de l'homme issue du monde
extérieur"
-
John Blacking, cité par Mario d'Angelo)
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Depuis la nuit des temps, la musique est une pratique culturelle, possédant, la plupart du temps, une dimension artistique, et qui consiste en une combinaison de sons et de silences. La musique s'inspire toujours d'un « matériau sonore » pouvant regrouper l’ensemble des sons perceptibles, pour construire ce « matériau musical ». L'ouïe, qui est le plus adapté de nos sens pour la connaissance des sentiments est, a contrario, le moins apte à la connaissance objective. De la diversité de la musique, on retiendra surtout qu'elle ne peut avoir une seule définition précise et regroupant tous les types de musique, tous les genres musicaux, mais que l'on doit, suivant l'angle par lequel on veut l'aborder, susciter quelques définitions complémentaires entre elles. La musique est un art capable de pénétrer au plus profond du coeur des hommes, et capable d'émouvoir le plus insensible des Hommes.
Pour définir la musique, il existe deux "méthodes" : l’approche intrinsèque (immanente) et l’approche extrinsèque (fonctionnelle). Dans la première approche, la musique existe avant d’être entendue ; elle peut même avoir une existence par elle-même, dans la nature et par nature .
À chaque bout de la chaîne, il y a l'homme et/ou le groupe.La musique est conçue et reçue par une personne et/ou le groupe (anthropo-logique). La définition de la musique, comme de tout art, passe aussi par la définition d'une certaine forme de communication entre les individus d'une même communauté. C'est ce qui fait de la musique un langage universel compris par tout le monde.
Derrière
la multiplication des définitions possibles, se trouve en fait un
véritable fait de société, qui met en jeu des critères
tant historiques que géographiques se retrouvant dans les différents
types de musique. (voir : sociologie de la musique) La musique passe autant
par les symboles de son écriture (les notes de musique) que par
le sens qu’on accorde à sa valeur affective ou émotionnelle.
C’est pourquoi, en occident, le fossé n’a cessé de se creuser
entre ces musiques de l’oreille (proches de la terre, elles affirment une
certaine spiritualité et jouent sur le parasympathique) et les musiques
de l’œil (marquées par l’écriture, le discours, et un certain
rejet du folklore). Nos valeurs occidentales ont privilégié
l’authenticité et inscrit la musique dans une histoire qui la relie,
par l'écriture, à la mémoire du passé. Les
musiques d’Afrique, elles, font plus appel à l’imaginaire, au mythe,
à la magie, et relient cette puissance spirituelle à une
corporalité de la musique. L’auditeur participe directement à
l’expression de ce qu’il ressent, alors qu’un auditeur de concerts européens
est frustré par la théâtralité qui le délie
de la participation de son corps. Le baroque constitue en occident l’époque
charnière où fut mise en place cette coupure. L’écriture,
la notation, grâce au tempérament, devenait rationalisation
des modes musicaux.
Le
phénomène social
Chaque
époque est tributaire des rapports entre l'art et la société,
et plus particulièrement entre la musique et les formes de sa réception.
Cette étude sociale aux travers des âges a été
fort bien étudiée dans un essai de Jacques Attali (Bruits
Paris, PUF, 1978 ). Les questions qui y sont posées peuvent se retrouver
aujourd'hui sous la forme : quel est le rôle de la musique dans la
vie d’aujourd’hui ?
Pourquoi
est-elle un produit de consommation différent (par rapport aux autres
produits de consommation, et par rapport aux autres arts). La musique devient-elle
un instrument de pouvoir (Major Companies, industrie du disque, politique
des média). Quelles sont aujourd’hui les opportunités, les
perspectives, de l’Internet et des musiques en ligne, etc.
« Évolution »
de la musique
La
libération de l’attitude esthétique du compositeur vis-à-vis
des règles et des interdits, et celle, concomitante, des liens qu’il
noue avec l’auditeur ne va jamais sans heurts. Toutes les formes de communication
envisagées par la musique sont une nécessité sans
laquelle il ne saurait y avoir d’histoire. L’évolution historique
des courants stylistiques est jalonnée de conflits et d’idylles.
Chaque époque est concernée par de telles remises en cause.
L’histoire de la musique travaille à la marge de la société.
Ainsi, la place prépondérante qu’occupe J.-S. Bach dans le
répertoire de la musique religieuse, conséquence du génie
créatif de ce musicien d’exception, ne peut nous faire oublier tous
les compositeurs qui l’ont précédé et qui ont tissé
ces liens avec le public en le préparant à des évolutions
stylistiques majeures. L’œuvre de Bach concentre de fait un faisceau d’influences
allemandes (Schütz, Froberger, Kerll, Pachelbel), italiennes (Frescobaldi,
Vivaldi), flamandes (Sweelinck, Reincken) et françaises (Grigny
et Couperin), toutes mises par le Cantor au service d’une fonction. De
même, on ne peut qu’approuver Nikolaus Harnoncourt, pour qui : « Mozart
n’était pas un novateur ». Mozart ne fut que le cristallisateur
du style classique, et le génie qui sut porter à son apogée
des éléments dans l’air du temps. Concentrer les influences
d’une époque, consolider les éléments et en tirer
une nouvelle sève, c’est là le propre de tout classicisme.
Contrairement à nos contemporains expérimentateurs qui cherchent
à la fois “le système et l’idée” (selon un article
fondateur de Pierre Boulez), Mozart n’a jamais rien inventé qui
ne lui préexistait. Les mutations radicales qu’il a su imposer proviennent
bien de conceptions déjà en germe.
On
perçoit en fait que le lien entre l’évolution des techniques
et l’écriture, entre les adéquations matérielles (instruments,
lieux, espaces) et l’expression, réussit surtout à enfermer
le compositeur dans la double ambiguïté du carcan systémique
et de la libération expressive. La musique se construit autour de
structures, de catégories, qu’il faut savoir dépasser (travail
aux limites). Elle a souvent oscillé au cours des siècles
entre une rhétorique de la litote et du minimum d’éléments
syntaxiques (c’est le cas de Bach ou de Lully, c’est aussi celui, à
un degré extrême de J. Cage) et une excessivité (Wagner
ou B. Ferneyhough par exemple), dilution dans l’emphase (autre définition
du baroque), révolte contre les alignements conceptuels. Avec le
recul historique, les phases de cette élaboration paraissent suivre
des paliers successifs ; le pouvoir expressif passe d’apports strictement
personnels à une complexification qui dénature les premières
richesses de la nouveauté en cherchant à épuiser les
ressources du matériau initial.
Esthétique
de la réception
De
la Renaissance jusqu’au XVIIIe siècle, la représentation
des sentiments et des passions s’est effectuée par des figures musicales
préétablies, ce que Monteverdi a appelé la seconda
prattica expressio Verborum.
La
simultanéité dans la dimension des hauteurs (polyphonie,
accords), avancée de l’Ars Nova au XVe (Ph. De Vitry), a été
codifiée au XVIIe et au XVIIIe (Traité de l’harmonie universelle
du père Marin Mersenne, 1627, Traité de l’harmonie réduite
à ses principes naturels de Jean-Philippe Rameau, 1722). Depuis,
la représentation de la musique affiche des tendances plus personnalisées.
Cette traduction de la personnalité aboutit tout naturellement au
XIXe siècle aux passions développées par la musique
romantique.
Mais
toutes les grandes écoles de style ne sont souvent qu’un regroupement
factice autour de théories a priori. La musique passe autant par
les symboles de son écriture que par les sens accordés à
sa « valeur » (affective, émotionnelle…). Théorie
et réception se rejoignent pour accorder à la musique un
statut, artistique puisque communication, esthétique puisque traduction
de représentation. Cependant un fossé n'a cessé de
se creuser dans la musique occidentale entre le compositeur et son public.
Les recherches musicales actuelles tendent à faire de la musique
un support de la représentation de la complexité de notre
monde (de l'infiniment petit à l'infiniment grand). Elles se sont
éloignées de cette recherche purement esthétique où
le compositeur cherchait à être en phase avec l'évolution
de l'histoire.
Esthétisme
de la composition
Le chant des anges (œuvre de William Bouguereau - XIXe siècle)
Chaque
étape stylistique importante (Renaissance, baroque, classicisme,
romantisme, et d’une certaine façon modernisme,…), porte ainsi en
elle une ou plusieurs bifurcations esthétiques. Comparativement,
où en est-on aujourd’hui ? Quel entendement pourrait se risquer
à verrouiller les limites du domaine de la musique ? Au milieu du
XXe siècle, dans les années 1947-1950, après les assauts
formalistes du sérialisme, le noyau fédérateur qui
subsistait à l’arrivée du magnétophone et des techniques
électroniques résidait dans la manifestation d’un sonore
perceptible et construit. Les traités d’harmonie de la fin du XIXe siècle
(par exemple le Traité d’harmonie de Th. Dubois), reprenant la théorie
de Rameau, s’étaient attachées à amarrer la tonalité
à une nécessité développée par l’histoire
depuis Monteverdi. Or on s’aperçoit que le XXe siècle, en
rompant dès 1920 avec ces schémas, confine le système
tonal aux seuls XVIIIe siècle et XIXe siècles, dans la stricte
délimitation géographique que nous lui connaissons en Europe
et aux États-Unis (ce qui, somme toute, peut paraître négligeable
par rapport à l’histoire de l’humanité). S'il est si difficile
de se contenter de la définition classique de la musique comme “art
de combiner les sons” c'est que cette définition s’est effondrée
peu après le milieu du XXe siècle. Peut-être sommes-nous
invités aujourd’hui à replacer les œuvres musicales et les
courants qu'elles ont suscités dans un contexte empreint de provocation,
contexte où tous les produits de l’avant-garde obéissent
à une logique dont seule une appréciation a posteriori permet
de déterminer la portée.
Dimension
artistique
La musique avant tout, et toute définition doit repartir de là, est un art (celui de la Muse, dit-on). Elle est donc création, représentation, et, bien sûr, communication. À ce titre, elle utilise certaines règles ou systèmes de composition, des plus simples (pur aléa) aux plus complexes. Comme toute création, la musique crée l’inconnu avec le connu, le futur avec le présent. Mais la musique est évanescente. Elle n'existe que dans l'instant de sa perception.
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La musique, un art du temps
On notera simplement que le temps gouverne la musique comme il gouverne la perception du son : depuis le micro-temps, qui est l'échelle de la vibration sonore (le son est une mise en vibration de l'air), jusqu'à la forme musicale, sa construction dans le macro-temps. La musique est un art du temps, de l'évolutif, chose que peu d'arts peuvent lui envier, sauf les récentes formes d'art technologique (cinéma, vidéo, art conceptuel…). Dans cette composante temporelle, la musique peut se déployer selon trois dimensions fondamentales.
-
Le rythme, qui relève de la durée des sons et de leur niveau
d'intensité (la dynamique).
-
La mélodie, qui est l'impression produite par la succession de sons
de hauteurs différentes.
-
La polyphonie ou harmonie (ces deux termes, pris dans leur sens le plus
large), considère la superposition voulue de sons simultanéités.
Une
autre catégorie du son est apparue dans la musique savante à
partir du XVIe siècle, celle du timbre. Elle permet une polyphonie
mêlant plusieurs instruments (le terme harmonie est d'ailleurs encore
utilisé dans ce sens lorsque l'on parle de « l'harmonie municipale »),
ou une monodie spécialement dédiée à l'un d'eux.
Selon
le type de musique envisagé, l'une ou l'autre de ces trois dimensions
pourra prédominer. Le rythme, par exemple, a généralement
la primauté dans certaines musiques africaines traditionnelles (Afrique
Noire notamment) ; la mélodie, elle, prime dans la plupart des musiques
de culture orientale ; quant à l'harmonie, la musique savante occidentale,
ou d'inspiration occidentale en a fait son socle.
Dimensions
du sonore et son musical
Grâce au développement des recherches de l'acoustique musicale et de la psychoacoustique, le son musical se définit à partir de ses composantes timbrales et des paramètres psychoacoustiques qui rentrent en jeu dans sa perception. D'objet sonore, matériau brut que le musicien doit travailler, ce matériau devient objet musical ; la musique permet de passer à une dimension artistique qui métamorphose le « donné à entendre ». Le silence n'est plus « absence de son ». Même le fameux 4'33" de John Cage, est un « donné à entendre », comme les monochromes de Klein ne représentent aucunement une uniformité univoque…
Mais
ce donné à entendre englobe désormais un matériau
de plus en plus large. Depuis le début du XXe siècle, cet
élargissement s’opère vers l’intégration des qualités
intrinsèques de notre environnement sonore (concerts bruitistes,
introduction des sirènes chez Varèse, catalogues d’oiseaux
de Messiaen, etc.). Comment distinguer alors bruit et signal, comment distinguer
ordre et désordre, création musicale et nuisance sonore ?
Le bruit, c’est uniquement ce qu’on ne veut pas transmettre et qui s’insinue
malgré nous dans le message ; en lui-même il n’a aucune différence
de structure avec le signal utile. On ne peut plus distinguer comme auparavant
le son purement musical et le bruit. Avec l’élaboration d’une formalisation
par nature des fonctions du bruit, les sons inharmoniques (apériodiques)
qui appartiennent à la vie courante participent désormais,
dans l’intégration du sonore, à la construction musicale.
Tous les éléments de notre environnement sonore contiennent
une certaine part de bruit, qui a vocation à devenir fonction structurante
par destination.
L’ensemble
de ces bouleversements conceptuels accompagne les découvertes scientifiques
et techniques qui permirent de développer des factures instrumentales
nouvelles (notamment avec l'informatique). L’instrument de musique primitif
se voulait représentation des sons naturels (le vent dans les arbres
se retrouvant dans le son de la flûte, le chant des oiseaux dans
celui de l’homme…). À cette condition, il était le seul capable
de traduire le musical (d’opérer une distinction entre sons harmoniques
et bruits). L’extension des techniques aidant, la notion même d’instrument
s’est trouvée redéfinie… La machine et l’instrument se sont
rejoints. Ce que les hommes acceptent de reconnaître comme musical
correspond désormais à une appropriation d’un matériau
sonore étendu, à une intégration de phénomènes
jusqu’alors considérés comme bruits.
L’intrusion
de l’aléatoire
Avec
la composition assistée par ordinateur, première expérimentation
musicale à utiliser l’ordinateur, les théories musicales
se sont tour à tour préoccupées d’infléchir
ou de laisser l’initiative à la machine, et, parallèlement,
de libérer totalement l’homme de certaines tâches de régulation
ou de lui laisser une part importante de création. La problématique
oscille ainsi, de façon quasi paradoxale mais finalement foncièrement
dialectique, entre déterminisme et aléatoire, entre aléa
et logique, entre hasard et nécessité.
Le
formalisme aléatoire (mathématisé) « calcule »
sans qu’il n’empiète sur les atouts sensibles du compositeur. Les
objets mathématiques qui se sont développés créent
véritablement un intermédiaire vers des paradigmes esthétiques
que l’expérimentation musicale essaye petit à petit de mettre
à jour, intermédiaire qui se situerait entre une ordre régulier,
périodique, et un chaos incontrôlé, aléatoire
et singulier. Hiller, le père de la composition assistée
par ordinateur, sans juger qui pourrait effectuer les compromis, considérait
déjà que « la musique est un compromis entre la monotonie
et le chaos. »
Artistiquement,
à la théorie de l'information de Shannon répond la
théorie de l’indétermination de John Cage (l’information
est maximale donc nulle). En 1951, Cage et Feldman s’en remirent à
l’aléatoire codifié du I Ching pour bâtir leur œuvre
Music of Changes. Cette œuvre, qui brise les carcans de la notion traditionnelle
d’œuvre musicale, sert de manifeste artistique au concept de l’indétermination
qui, au même moment, s’imposait à l’expérimentation
scientifique : ce concept est parvenu au cœur de la théorie quantique
et de la théorie de la relativité ; en effet les règles
qui régissent la nature, l’infiniment petit comme l’infiniment grand,
obéissent dans ces thèses contemporaines plus à l’aléatoire
qu’à un ordre universel.
Cage
introduit subrepticement le hasard dans la composition dans un sens plus
combinatoire. Music of Changes laisse place à l’aléa contre
la logique en réhabilitant le pouvoir créateur de l’expérience
divinatoire, le pouvoir de la création par le hasard. John Cage,
Morton Feldman et Earle Brown utilisaient aussi un hasard codifié,
l’aléatoire du “I Ching”, livre de divination chinois qui laisse
entrevoir un certains nombres de combinaisons par pentagrammes. Le hasard
est sublimé par le destin dans une prédication divinatoire
(Concerto pour piano (1957)). Puis, chez Cage les théories devenant
paroxystiques, il prône la raréfaction de la musique jusqu’au
total aléa (4’33’’) : l’écoute est focalisée vers
des objets sonores qui n’ont pas été directement prévus
pour cela. Peu de critiques ont pu abonder dans son sens, déplorant
que ces théories ne servent qu’à la justification d’un « coup »
médiatique.
Musique
algorithmique
Pour tenter de réduire la proportion de hasard fatalement confiée à la technique, la machine fut utilisée par la suite pour ses fonctions de contrôle de l’automation qui assure un enchaînement continu d’opérations mathématiques et logiques. Pierre Barbaud débuta dans cet esprit ses travaux sur la composition « automatique » et mit au point avec Roger Blanchard en 1959 le programme ALGOM I-5 pour l’ordinateur Gamma 60 du Centre de calcul électronique de la compagnie Bull à Paris.
Musique stochastique
Cette
mathématisation accrue des possibles, continua à être
prise en compte, mais en essayant de reprendre à la machine la part
de responsabilité qu’elle avait conquise. Dès 1954 Iannis
Xenakis avait créé son opus un, Metastasis pour 61 instruments ;
c’est la première musique entièrement déduite de règles
et de procédures mathématiques. Pour son créateur,
il s’agit de mettre en pratique une relation directe entre musique et architecture,
combinaison certes peu commune, mais qui pour l’assistant de Le Corbusier
va de soi. Il la mettra à profit en utilisant les mêmes règles
de construction dans l’élaboration des plans du pavillon Philips
pour l’exposition universelle de Bruxelles en 1958 (pavillon où
seront données dans le même concert les créations des
œuvres de Varèse (Poèmes électroniques) et de Xenakis
(Concret PH).
En
1956 sera publiée une théorisation de la musique stochastique
qui s’appuie entre autre sur la théorie des jeux de von Neumann.
Le hasard n’y est déjà plus une simple chance ; chez Xenakis
contrairement à la troisième sonate de Boulez ou aux autres
œuvres « ouvertes », contrairement à Cage, et à
sa démission de compositeur, la probabilité est entièrement
calculée, les règles explicitées (Achorripsis ou ST/10-1
en 1961). Le processus global est prévisible, même si les
évènements qui le composent sont aléatoires. Par cette
philosophie de la création, Xenakis essaie de se rapprocher des
phénomènes biologiques et des événements du
monde vivant.
Notation,
théorie et système
Un système musical est un ensemble de règles et d'usages attachés à un type de musique donné (on parle parfois de théorie musicale). La conception de la musique comme système peut aller très loin, et les anciens Grecs comptaient la musique comme une des composantes des mathématiques, à l'égal de l'arithmétique, de la géométrie et de l'astronomie. Voir l'article « Harmonie des sphères ». Plus près de nous, Rameau prétendait que la musique était la base des mathématiques.
Certaines
musiques possèdent en outre un système de notation (la musique
occidentale, avec son solfège, en est un exemple notoire). Dans
ce cas, il est difficile de séparer le système musical du
système de notation qui lui est associé. D'autres types de
musique sont uniquement de transmission orales, et développent des
systèmes musicaux totalement différents.
L’œuvre
musicale
Peut-être alors, pour retrouver une certaine cohérence dans la multiplication des définitions, faudrait-il s'appuyer sur le concept d'œuvre musicale. La musique comme art allographique passe par des oeuvres musicales. Chacune est un objet intentionnel dont l'unité et l'identité est réalisée par ses temps, espace, mouvement et forme musicaux comme l'écrit Roman Ingarden. Objet de perception esthétique, l'oeuvre est certes d'essence idéale, mais son existence hétéronome se concrétise par son exécution devant un public ou par son enregistrement y compris sa numérisation. Pour Mario d'Angelo, ces manifestations extérieures qui prennent le statut de produits musicaux constituent finalement des unités de matérialisation de la musique.
Comme toute œuvre, l'œuvre musicale existe avant d'être reçue, et elle continue d'exister après. On peut donc s'interroger à bon aloi sur ce qui fait sa pérennité (combien d'œuvres subsistent réellement à leurs compositeurs, et sont-elles vraiment toutes le reflet de son style, de son art). On entend surtout par œuvre musicale le projet particulier d'une réalisation musicale. Mais qui décide de cette réalisation ? L'écoute qu'en fait chaque individu (avec sa culture, sa mémoire, ses sentiments particuliers à cet instant précis…) ou bien la partition, transcription qui ne comporte pas toute la musique ?
À partir de la Renaissance et jusqu'au début du XXe siècle, son unique support a été la partition de musique. Cet intrusion de l'écrit a été l'élément-clé de la construction de la polyphonie et de l'harmonie dans la musique savante. La partition reste unie au nom du ou des musiciens qui l'ont composée ou enregistrée, selon le cas. Certaines œuvres peuvent être collectives, d'autres restent anonymes.
Depuis la généralisation des moyens techniques d'enregistrement du son, l'œuvre peut également s'identifier à son support : l'album de musique, la bande magnétique ou à une simple calligraphie de la représentation du geste musical propre à transcrire l'œuvre du compositeur.
L'informatique
musicale a fait évoluer encore cette notion d'œuvre, puisqu'à
présent un simple logiciel est susceptible d'engendrer « automatiquement »
une œuvre musicale, ou de produire des sons avec lesquels l'interprète
est censé réagir.
Formalisme
et fonctionnalités
Comme
l’explique Jean-Marie Schaeffer, dans l’art moderne (et a fortiori dans
l’art technologique du XXe siècle), la question-clé : “Qu’est-ce
que l’art ?” ou “Quand y a-t-il art ?” s’est progressivement transformée
en : “Comment l’art fonctionne-t-il ?” . En musique ce déplacement
d’objet a posé le problème des éléments que
l’on peut distinguer a priori dans l’écoute structurelle d’une œuvre.
En
1945 apparurent les premières formes d’automatisation de l’information,
et en 1957 on a assisté, avec l’arrivée de l'informatique
musicale, à un point de bifurcation. D’abord une nouvelle représentation
du sonore qui, bien que difficile à maîtriser, a en fait ouvert
des perspectives insoupçonnables. Ensuite, et surtout, ces techniques
ont remis en cause certaines spéculations théoriques sur
la formalisation de la pensée créatrice, renvoyant le compositeur
à la confrontation, essentielle dans sa démarche, entre un
formalisme abstrait et l’élaboration d’un matériau fonctionnel.
Comment la transition vers l’atonalité a-t-elle détruit les
hiérarchies fonctionnelles, transformé le rôle tenu
par les fonctions tonales élaboré depuis Monteverdi ?
De
fait, la logique des formes musicales est donc devenue surtout une logique
fonctionnelle, dans la mesure où elle permet de maintenir la cohésion
de l'œuvre, même si les éléments de composition sont
multiples (éléments rythmiques, contrapuntiques, harmoniques
…). La notion de processus compositionnel, a permis de passer de la vision
statique de “l’objet musical” (celui que l’on peut répertorier,
et qui cesserait de vivre en rentrant dans le “patrimoine”) à une
vision dynamique. Cette vision est évolutive, ce que ne prenaient
pas en considération les théorie fondées sur la GestaltPsychologie
qui figent la pensée dans des “images” accumulées dans la
mémoire. Le processus musical est plus que la structure : il est
en effet une forme dynamique, un devenir. Ce devenir est marqué
par l’empreinte du sonore, c’est-à-dire par un matériau musical,
et pas uniquement par l’outil ou par la théorie.
À
partir de la théorie de la communication de Shannon et Weaver, d'autres
définitions insistent plus sur les moyens de réception que
sur la chaîne de production de la musique.
Pour
terminer:
Voici
quelques citations.....
Les
personnes qui ne donnent pas une seule chance à la musique de changer
le monde sont celles qui n'aiment pas la musique.
[Ben Harper]
Le
silence est nécessaire à la musique mais ne fait pas partie
de la musique. Elle s'appuie dessus.
[Robert Bresson]
Tout
est musique. Un tableau, un paysage, un livre, un voyage ne valent que
si l'on entend leur musique.
[Jacques de Bourbon Busset]
Notre
époque ne fait plus de musique. Elle camoufle par du bruit la solitude
des hommes en leur donnant à entendre ce qu'elle croit être
de la musique.
[Jacques Attali]
La
musique est le langage des passions, mais toutes les passions ne gagnent
pas à être mises en musique.
[Christoph Martin Wieland]
Il
y a de la musique dans le soupir du roseau ; Il y a de la musique dans
le bouillonnement du ruisseau ; Il y a de la musique en toutes choses,
si les hommes pouvaient l'entendre.
[George Gordon, Lord Byron]
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